
PRÉSENTATION
«Femme nue, femme noire
Vêtue de ta couleur qui est vie,
de ta forme qui est beauté
J’ai grandi à ton ombre;
la douceur de tes mains bandait mes yeux
Et voilà qu’au coeur de l’Eté et de Midi,
Je te découvre, Terre promise,
du haut d’un haut col calciné
Et ta beauté me foudroie en plein coeur,
comme l’éclair d’un aigle (…) »
Premiers vers… Quand Léopold Sédar Senghor écrit le poème Femme noire, au lendemain de la seconde guerre mondiale, nul ne connaît encore le destin de ce futur président de la République du Sénégal et encore moins l’oeuvre et le combat pour la langue et le respect de la personne de l’immense homme de lettres qu’il a été. Prenant le titre du poème de celui qui bâtit le concept de négritude, le spectacle de clôture dans la Cour d’honneur de la 71e édition du Festival d’Avignon est une création pour la circonstance, qui réunit la chanteuse béninoise Angélique Kidjo et le comédien ivoirien Isaach De Bankolé autour du verbe lyrique et majestueux de Senghor, accompagnés par le saxophoniste camerounais Manu Dibango, le guitariste congolais Dominic James et le jeune prodige de l’afro trap MHD. Une célébration de la femme africaine, mais plus encore… Entre le théâtre et la veillée, le spectacle navigue de la poésie à la chanson, de la chanson à la musique improvisée, de la musique à la parole la plus lettrée, la plus fiévreuse, la plus amoureuse. Mais Senghor n’est pas seulement épris de la reine de Saba : il peint la femme africaine, engagée dans l’action, mère, soeur, fille et amante, qui lance à l’humanité tout entière le défi de sa beauté, de son intelligence et de sa générosité.
Angélique Kidjo
La chanteuse béninoise Angélique Kidjo navigue entre trois continents, plusieurs langues et des aventures musicales qui élargissent la musique africaine jusqu’à la pop, le jazz ou l’opéra contemporain. Son tempérament de feu et son sens de l’engagement ont fait d’elle un des symboles d’une culture mutante, aussi mouvante qu’enracinée.
Isaach De Bankolé
Le comédien ivoirien Isaach De Bankolé aime aussi transcender les frontières, d’abord en France comme acteur de comédie ou compagnon de l’aventure théâtrale de Bernard-Marie Koltès, puis aux États-Unis, entre films d’auteur et productions hollywoodiennes.
Léopold Sédar Senghor
Fondateur de l’école littéraire et politique de la négritude avec son ami martiniquais Aimé Césaire, le Sénégalais Léopold Sédar Senghor est un poète décisif autant qu’il est un homme politique au combat exemplaire, défenseur de la démocratie en Afrique. À soixante-treize ans, en 1976, dans son dernier grand recueil, Élégies majeures, il publie Élégie pour la reine de Saba, hommage à une femme africaine aussi mythologique que pleinement charnelle dans son éclatante splendeur et qui rappelle le poème Femme noire, issue du recueil Chants d’ombre, écrit en pleine période coloniale